Ciné

Publié le 8 octobre 2012 | par Mr Méchant

8

N’aie pas peur

Voici les premiers mots que le Diable pourrait employer avant de prendre sous son emprise. « N’aie pas peur », des mots dits à une fillette de 7 ans par son père, démon auquel on ne peut échapper, et encore moins lorsque votre mère vous fustige lorsqu’enfant vous essayez de lui dire ce qu’il se passe. Aucune confiance, aucun appui, le personnage de Silvia évolue de l’enfance à l’âge adulte devant nos yeux, pour ainsi dire terrorisés par une mise en scène d’une crédibilité effrayante, signée par . Le réalisateur a écrit et réalisé sa bobine, sans avoir été victime de tels abus, mais a en revanche plongé dans les enfers en suivant pendant un an des personnes ayant connu cette horreur et s’en étant sorties, plus ou moins, envers et contre tout, et il est évident que Armendáriz leur livre ici un hommage, portant au firmament une tranche de la population vivant dans le silence et très souvent, la honte. Le réalisateur choisit tout un tas de points qui rendent sa bobine particulièrement étonnante tout en inspirant le dégout. Il n’y a pour ainsi dire rien de visuel, tout se passe au travers de portes fermées ou hors-champs, un choix judicieux puisque c’est évidemment la même chose dans le monde réel, et a fortiori le métrage est étudiée comme un produit psychologique, voire un outil social, et non comme un essai malsain comme pouvait l’être un plateau de Jean-Luc Delarue.

Autre point qui ne semble pas tout de suite évident mais se fait comprendre au fur et à mesure, c’est la présence du syndrome de Stockholm, très clairement affiché lorsque Silvia s’écrit « comment puis-je autant aimer et détester la même personne ? ». Oh oui ce père a été aimant et a gâté son enfant toute sa vie, mais il a été aussi celui qui lui a volé son innocence, son enfance, sa vie, et qui ne semble pas sourciller quant à la culpabilité qu’il pourrait avoir, presque étonné de voir sa fille lui tourner ainsi le dos. est d’ailleurs étonnant dans son interprétation, totalement en opposition avec celui de personnage bienveillant qu’il tenait dans Eva, en face d’une éblouissante dans son rôle, dont le look changeant et le jeu parfaitement maîtrisé viennent illustrer au mieux cette perte d’équilibre (elle n’a d’ailleurs pas volé ses multiples prix de meilleure actrice).
N’aie pas peur n’est peut-être pas parfait, mais il a un rôle social indéniable, ouvrant des portes trop souvent fermées, même devant les proches qui n’oseraient même pas penser que Lucifer s’est installé chez eux. N’aie pas peur est aussi un film très dur, car bien qu’il n’y ait rien de visuel, l’immersion est menée à ce point avec talent que l’on en ressort pas indemne, et force le respect, en plus de la réflexion. Sans doute l’une des meilleures bobines sorties sur notre territoire cette année.

N’aie pas peur Mr Méchant

En bref...

4.5


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A propos de l'auteur

Fan d'Uwe Boll et Paul W.S. Anderson. Aime à l'occasion oublier les nanars pour regarder du vrai cinéma comme celui de Robert Parrish, Franklin J. Schaffner ou Rudolph Maté, de la bonne sci-fi tu vois, pas du singe teubé.



  • collectif inceste

    Du grand Art. Montxo ARMENDARIZ maîtrise le sujet et nous offre un film d’une qualité rare, mi-fiction mi-documentaire, sur l’inceste père/fille.

    Un film qui pourrait être utilisé comme support pédagogique tant il restitue avec justesse et subtilité la complexité des « ressentis » de la victime et le déni de l’entourage.
    Le film sort sur les écrans le 31 octobre : allez-y, vous ne le regretterez pas.

    Et je ne suis pas payée pour le dire : je suis seulement une victime.

    • Mr_Mechant

      Un soutien indispensable. Il ne reste plus qu’à espérer que le nombre de salles soit suffisamment élevé pour que le film puisse avoir un réel impact.

  • Elle

    Juste une remarque : ce n’est pas « le syndrôme de Stockholm » !!! C’est malheureusement naturel qu’un enfant éprouve de l’affection pour ses parents ! C’est l’un des problèmes de l’inceste, justement, lorsque l’enfant commence à être abusé très jeune. Il est trop jeune pour comprendre ce qui se passe. Et plus tard, il a peur qu’on le croit « complice ».

    • Mr_Mechant

      Si si, en psychologie le syndrome de Stockholm s’étend aussi jusqu’à l’inceste (il est vaste et c’est une idée reçue de croire qu’il ne se limite pas qu’aux prises d’otages ou viols). Il est certes normal d’avoir de l’affection pour ses parents, mais pas lorsqu’ils sont nos tortionnaires.

      • Encore moi

        La petite fille est attaché à son père, puis fait le deuil du père idéal. Alors que pour quelqu’un qui souffre du syndrôme de Stockholm, le cheminement est exactement l’inverse : le premier sentiment est un sentiment de rejet, qui se transforme peu à peu en sentiment « d’attachement ». Alors si les psys mettent tout ça dans le même « panier », c’est peut-être parce-qu’ils n’ont pas encore prévu une case de plus… et ça ne m’étonne pas trop.

        • Mr_Mechant

          En fait non, jusqu’à la fin elle l’aime, même si elle refuse de le revoir. Le syndrome de Stockholm décrit effectivement une affection déraisonnée pour son tortionnaire une fois libéré, mais aussi, plus schématiquement, pour une personne qui vous (a) fait du mal.
          Pour le reste les êtres sont indépendants et les liens de parenté sont très fluctuants d’une personne à une autre. Ils sont même très souvent dépendants de l’éducation elle-même. Plus la famille est mise en avant par les parents (en plus de cadeaux) plus l’enfant développe la même vision que ceux-ci.
          Aussi, si le syndrome de Stockholm est une case certes très vaste, il ne faut pas oublier que le patient est traité au cas par cas (si tenté effectivement que le psy soit compétent, et ça c’est plus un problème de professionnalisme, souvent sacrifié sur l’autel de la pharmaceutique).

        • lesmotscirculent

          Tout à fait d’accord avec toi!

          Enfant, il s’agit d’un amour inconditionnel pour ses parents, l’enfant n’a pas le choix.

          Une fois adulte, un véritable travail de détachement est nécessaire pour sortir de soi ce lien morbide et vivre en paix.

          Il ne s’agit en aucun cas d’un choix ( conscient ou non) « d’attachement à l’agresseur » ou pire encore « d’amour envers l’agresseur » comme on lit parfois. L’enfant est totalement manipulé pas l’agresseur et une des racines de la souffrance est bien la « confusion » qui nait sous l’emprise du bourreau. Chez l’adulte, l’horreur a tendance a resté cachée sous un masque terrible intégré au plus profond de la victime: un masque de « bons sentiments », de « bonnes intentions ». Ce qui rend d’autant plus difficile la guérison de cette blessure monstrueuse.

Genre : Drame
Réalisation : Montxo Armendáriz
Scénario : Montxo Armendáriz, María Laura Gargarella
Bande-originale : nc
Durée : 90 min
Année de production : 2011
Sortie pays d'origine : 29/04/2011
Sortie française : 31/10/2012
Certification US : nc
Certification FR : nc
Budget : nc
Box-Office : nc
Production : nc
Récompenses : 2 victoires & 6 nominations.
Pays : Espagne
Site Web : http://www.oriafilms.es/notengasmiedoweb/sinopsis.html
Langue originale : Espagnol
Titre original : Don't Be Afraid
Distribution : Lluís Homar, Belén Rueda, Núria Gago, Cristina Plazas
Synopsis : Interdit aux moins de 12 ans Sylvia porte en elle un lourd secret qui a brisé son enfance. Ses proches n’ont pas vu sa détresse ou peut-être ont-ils préféré ne pas la voir… À 25 ans, elle décide d’affronter son douloureux passé et les êtres qui y sont liés. Sur le chemin de cette reconstruction, elle va apprendre à dominer ses émotions, ses peurs et accéder enfin à l’estime de Soi.
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N'aie pas peur - Bande-annonce VOST

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