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Publié le 6 février 2011 | par Mr Méchant

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L’univers de Tron

Trente années, c’est le temps que les fans de auront eu à attendre pour enfin avoir le droit à la suite qu’ils attendaient.
Film unique en son genre à son époque, précurseur de la réalité virtuelle, et véritable déluge d’innovations visuelles, était bien plus qu’un film, il était devenu un état d’esprit, un idéal, un rêve, une utopie, une source d’inspiration, et pour certains même, une religion.
Ce qui frappait à l’époque, et frappe encore aujourd’hui, c’est le manque de substance de son histoire, délaissant totalement le développement des personnages, dont le but était on ne peut plus simple, pour ne pas dire binaire, gagner, ou perdre… Ces reproches sont hélas encore de mise pour sa suite, mais ce nihilisme n’était-il pas volontaire ? Le but n’était-il pas plutôt de décrire un univers informatisé, dans lequel l’individualisme était laissé de côté pour laisser place à un ensemble de programmes ayant tous un but précis, et dans le cas contraire, luttant pour ne pas être effacés.
En abordant le problème de cette façon, il devient difficile de dire si est incroyablement intelligent ou incroyablement idiot, cette explication pouvant être un argument facile pour excuser ce manque de profondeur. Reste néanmoins que malgré ces griefs pouvant paraître pompeux, avait l’avantage d’avoir de grosses têtes d’affiches, se disputant toutes le rôle principal, notamment et , tous les deux attachants, et c’est sans nul doute leur présence qui transforma de délire abstrait et surréaliste en passionnante dans le monde des bits.

Chose curieuse, personne ne semble avoir vu Tron. D’ailleurs ça n’est pas pour rien que dans un épisode des Simpsons (Simpson Horror Show VI, épisode 6 de la saison 7), Homer se retrouvant piégé dans un univers virtuel, le décrit comme ressemblant à Tron, ce à quoi tout le monde s’interroge, aucune des personnes présentes ne l’ayant vu (si ce n’est Wiggum, le flic attardé). Il faut dire que le film, bien qu’ayant engendré un bénéfice de 16 millions de dollars, en avait coûté 17, ce qui est un succès très relatif (pour info, le nouveau en est déjà à 200 millions de dollars de bénéfices).Il est également étonnant pour un studio comme Disney d’avoir investi dans cette — dangereuse — , le Cyber n’en étant à cette époque qu’à ses balbutiements, rendant difficile la compréhension de cet univers, et de surcroit étant particulièrement ennuyeux pour les enfants et les non initiés. Qui plus est, il est assez amusant de se rappeller que le film, à son époque, avait été refusé aux Oscars pour le prix des meilleurs effets-spéciaux, l’Académie considérant que l’utilisation d’un ordinateur pour les faire était de la tricherie (à l’époque l’univers des effets-spéciaux était régi par la rotoscopie, le stop motion et autres maquettes). Il avait néanmoins obtenu les nominations pour Meilleurs costumes et Meilleur son, et reçu finalement 14 ans plus tard un Oscar pour sa prouesse technique, Oscar dédié aux films qui ont contribué à une évolution significative du cinéma.
Bref, malgré ce résultat mitigé, le film eu sur la longueur un succès non négligeable, et n’a cessé de rapporter de l’argent au fil des années (borne d’arcade, VHS, LaserDisc, DVD, Bluray, livre, figurines, jeux-vidéo et autres produits dérivés).

Fait indéniable, Tron n’aura cessé d’être une source d’inspiration pour de multiples générations, et cela dans quasiment tous les domaines. En 2003, Les Strokes en utilisèrent l’esthétique dans leur clip 12:51. A la même époque, un homme curieux, , se fit connaitre grâce à un cosplay pour le moins… réussi, et fît de lui l’homme connu sur le web en tant que « Tron Guy ».
Les dessins-animés y firent également de nombreuses fois référence, que ça soit, comme indiqué plus haut, dans les Simpson, mais aussi dans South Park (Moïse est représenté comme le MCP, l’ordinateur mégalomane que combattent Tron et Flynn, et Tron Guy aura le droit à son apparition dans le quatrième épisode de la saison 12, épisode dédié aux « stars » du net), Les Griffin, Dexter’s Lab, et j’en passe.
Une suite semblait donc évidente, mais pourquoi n’arrivait-elle pas ? Pourquoi torturer les fans de cette façon ? Une explication pourrait être logique, comme par exemple le fait qu’après Tron, Disney se soit recentré sur des films plus conventionnels et familiaux, les geekeries devenant donc sans intérêt, et le succès mitigé du film prouvant bien que le public de l’époque n’était pas prêt pour ce genre nouveau. Néanmoins, durant ces dernières années le studio s’est ouvert à des productions plus larges (Freaky Friday, Benjamin Gates, Pirates des Caraïbes…), et le terrain redevenait donc fertile pour lancer la production d’une suite. Ajoutons à cela la démocratisation du Cyber, notamment grâce à de nombreux films, comme Robocop, Le Cobaye, Existenz, ou encore la trilogie des Matrix.


Une promo bien ficelée, à base de bande-annonces alléchantes, d’une bande-originale signée , et d’un matraquage sur le web, Disney a réussi à créer le buzz avec cette suite, ainsi que remplir allègrement les salles.

Hélas les choses empirent dans ce second opus (ou s’améliorent, selon le point de vue), l’informatique du film fourmillant d’erreurs qui feront grincer des dents les nerds de la première heure (une borne Mortal Kombat dans une salle d’arcades des années 80 ?), l’ linéaire, mais somme toute efficace du premier se voit remplacée par des séquences pleines de bullet-time et effets (réussis, il faut l’avouer, notamment le «  ») tentant vainement de compenser l’ennui qu’elles procurent.
Bizarrement, l’ajout d’une nouvelle dimension n’apporte rien, et même si elle se montre — presque — irréprochable, ne crée pas le même effet que le premier qui se distinguait de tout ce que l’on voyait à l’époque, et ce pour une raison simple, la 3D est devenue commune, et fait donc de cette suite un produit commun.
Si le buzz a fonctionné en partie grâce à , référence musicale il y a une quinzaine d’années, mais tournant en roue libre depuis, il faudra bien reconnaître qu’ils sont maintenant has-been et offrent un univers musical fade et mollasson, ne se démarquant que brièvement pendant la jouissive scène du club. Ceci étant dit, et dans un soucis d’équité, je tiendrais à préciser que la bande-originale du premier Tron avait été composée par Wendy Carlos, figure de la musique électronique à cette époque, et avait été loin de faire l’unanimité (à l’inverse de la bande-originale mythique qu’elle avait composé pour Shining).


n’a plus la verve qu’il avait dans le premier (alors que dans True Grit il n’a aucun problème pour botter des culs), est relégué au rang de caméo (et la production ne s’est même pas donnée la peine de modéliser son visage, le masquant avec un casque intégral), et , qui interprétait la somptueuse n’a même pas eu le droit à ne serait-ce qu’une apparition.
Cette suite semble donc désincarnée, bien trop pimpante et aseptisée pour convaincre et perpétuer cet « héritage ». Une nouvelle fois, Hollywood aura fait ce qui lui plait, ressortant une vieille licence — à défaut de pouvoir en imaginer de nouvelles — et viole allègrement notre enfance, comme ce fût déjà le cas avec Star Wars ou Indiana Jones 4, pour ne citer qu’eux.


Il y a cependant fort à parier que le succès de Tron continue pendant un petit moment (exploitation ciné, puis sortie du DVD/Bluray, prévue pour juin 2011), étant moins sectaire et donc plus abordable au citoyen lambda, mais risque malgré tout de désappointer les fans du premier, la cible n’étant plus l’étudiant au MIT ou l’analyste/programmeur, mais les kids boutonneux qui oublieront Tron dés qu’une nouvelle performance visuelle le détrônera.
Pour conclure ce dossier, Tron L’héritage arrive soit trop tôt, soit trop tard.
Trente années ont passées, le 8086 a laissé place aux x64, et Facebook a supplanté le DOS. Trois générations, et la cyber-réalité de Tron semble maintenant appartenir à une autre époque, ce qui a pour effet de contaminer sa suite, qui malgré ses upgrades parait désuète et maquillée en produit cool, comme Madonna.

Retrouvez également le dossier Tron dans le monde réel ainsi que la critique complète de Tron L’héritage

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A propos de l'auteur

Fan d’Uwe Boll et Paul W.S. Anderson. Aime à l’occasion oublier les nanars pour regarder du vrai cinéma comme celui de Robert Parrish, Franklin J. Schaffner ou Rudolph Maté, de la bonne sci-fi tu vois, pas du singe teubé.



  • Très belle réflexion pour un très bon dossier. A la fin, on se demande si on ferait pas mieux de se pendre devant la généralisation de ces films pop corn vraiment mauvais (Transformers, Benjamin Gates, …). Mais heureusement certains perles existent toujours (Kick-Ass, Scott Pilgrim, Sin City).

    Le geek que je suis a eu beaucoup de mal à se passionner pour ce Tron car comme tu le dis, il est formaté pour un grand public donc ne fera pas bander le programmeur que je suis (il reste Scott Pilgrim pour ça mais quand on voit son échec, on ne peut que comprendre la frilosité des producteurs).

    Entre faire un produit formaté qui pratiquement sûr de rapporter un paquet de pognon et un produit novateur, le choix est vite fait pour eux.

    Encore que je pense que le succès de ce Tron est du à l’énorme marketing autour du film. A force de voir Tron partout, tout le monde en parle. Ils ont tout compris chez Disney (ce n’est plus la peine de faire des bons films, ce qui compte, c’est de faire des bonnes pubs et de ce côté là Tron 2 mérite bien 9/10 ^^).

    • Merci du compliment 😉

      Exemple de private joke de Tron, la sphère qui répond que par oui ou non et à laquelle Flynn dit en souriant que c’est un bit. En 82 je doute que beaucoup de monde ait compris, et à notre époque je pense pas non plus. D’ailleurs la blague sur le Wifi dans Legacy est bien la pour montrer à quel point le public visé a changé, car tout le monde connait le Wifi, or les bits c’est tout de suite une minorité…

      Personnellement j’aurais plutôt vu une BO composée par Aphex Twin, SquarePusher ou Ceephax pour le Legacy, ça aurait été plus recherché qu’un groupe tout sauf original. Cela dit pour Tron ils avaient embauché Wendy Carlos, un musicien transsexuel, et connaissant Disney ils avaient rempli leur quota d’originalité pour les 40 années à venir. Disney fait très attention à son image, la plupart de ses clients étant des cathos, conservateurs et/ou républicains, et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils se sont débarrassés de Miramax qu’ils avaient acheté il y a une vingtaine d’années.

      De toute façon comme je le dis dans mon dossier, Hollywood s’en branle de ses fans, et puis ils savent très bien que les fans vont toujours voir les remakes ou suites, même s’ils sont à chaque fois déçus, mais ça ils s’en foutent ils ont fait leur blé. Le pire avec la nouvelle génération c’est qu’ils acceptent Legacy en disant « oh on s’en fout c’est juste un divertissement ». C’est comme pour Skyline, en sortant de la salle les autres personnes disaient que c’était pas terrible mais que c’était suffisant quand même. L’industrie du cinéma est une des rares industries à enculer ses consommateurs sans qu’ils s’en plaignent. A la moindre hausse de tarif d’un produit, ou d’une taxe les gens font des class-actions, mais personne ne se réunit pour faire des class-actions quand un film est à chier.
      Et après Hollywood pleurniche à cause des divx, faut arrêter hein, le premier hacker est Thomas Edison en 1902, qui avait fait une copie illégale du Voyage dans la Lune de Méliès et provoqua ainsi sa faillite… Et question plagiat Disney est pas mal non plus avec son Roi Lion pompé du Roi Léo…

  • Groupon

    En lisant ce « dossier », j’ai cru lire un dossier écrit par MCP, lui-même, tant de mot durs, tant de haine (surtout envers daft punk), des HS, des incohérences, apart la référence du wifi qui est certes juste… Bref j’avais vu ce film, il y a fort longtemps, et j’avais été très déçu à l’époque (trame, l’action plate..).

    Après j’ai bien aimé aussi l’acharnement sur le groupe Daft Punk… « il faudra bien reconnaître qu’ils sont maintenant has-been et offrent un univers musical fade et mollasson » « ça aurait été plus recherché qu’un groupe tout sauf original »

    Alors la, je suis achevé tellement je ri de pitié à votre égard, on voit clairement que vous ne savez pas un seul instant de quoi vous parlez… Je ne sais pas qui vous êtes mon bon monsieur (madame ?), mais ici, le has-been, c’est vous !

    • Je n’ai aucune haine envers les Daft Punk, j’ai d’ailleurs vécu mes premières free-parties sur le son de Rollin and Scratchin. Homework et Discovery sont pour moi des références cultes, mais je n’y peux hélas rien s’ils se sont noyés dans le mauvais.
      Et si vous aviez un peu mieux lu ce dossier vous auriez vu que j’y précise, dans un soucis d’équité (et donc pour défendre Daft Punk), que la BO du premier Tron était loin de faire l’unanimité (d’ailleurs je ne l’ai pas aimé non plus…).

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