Séries

Publié le 6 mars 2015 | par Mr Méchant

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Marvel’s Daredevil

Disons-le tout de suite, il serait idiot de comparer ce Daredevil télévisé et celui sorti en salles en 2003 pour la simple et bonne raison que ce sont deux médias différents. En effet, comme l’ont déjà souligné de nombreux critiques, il semble plus que logique que l’avenir des comics avec de vrais acteurs soit sous forme de plutôt que de longs-métrages. Le format feuilleton permet une narration similaire à celle des comics, alors qu’au cinéma le schéma se répète sans surprises, avec un volet origines puis des suites où le grand méchant se doit d’être battu en moins de deux heures, empêchant de développer protagonistes et antagonistes. Dans ce Daredevil on retrouve certes une nouvelle fois l’affrontement entre le héros et son némésis, le Kingpin aka Wilson Fisk, mais plutôt que boucler le truc en deux heures comme au cinéma c’est pas moins de onze qui vous permettront de découvrir toutes les facettes de deux personnages bien complexes, libérés du manichéisme de la version sortie en salles, et cela sans oublier son lot de sidekicks comme Foggy, l’ami de toujours (Elden Henson, le gentil grassouillet de Idle Hands).
Preuve en est qu’il serait idiot de comparer les deux Daredevil, celui avec Affleck était bien plus fidèle visuellement, or les créateurs de la série voulaient faire quelque chose de différent, principalement pour ne pas pâtir de la comparaison, mais surtout parce que ce n’est pas la forme qui fait le fond. Daredevil pourrait s’appeler Captain Pyjama, être violet et sourd, le fond serait toujours être le même, celui d’un héros torturé aux méthodes peu orthodoxes et dont l’emblème, le Diable, ne lui colle pas à la peau sans raisons, étant toujours sur la sellette entre le bien et le mal. Un sentiment représenté avec maestria au long de ces treize épisodes, renforcé par un portrait étonnant et émouvant du Kingpin, gros poupon colérique ayant souffert d’une enfance difficile et dont la psyché est des plus complexes, et par moment peut-être même plus que celle de l’homme sans peur. Rarement Vincent D’Onofrio n’aurait été aussi pertinent dans un rôle qu’ici ! (à noter la présence de Bob Gunton, qui tient le rôle de Leland Owlsley — Le Hibou dans les comics —, gros casse-couilles pleurnichard comme dans dans le rôle qu’il tenait dans Broken Arrow)

Evidemment, les deux hommes ne pourraient pas se faire écho sans une démonstration de la barbarie dont ils sont capables, et ce format de distribution par Netflix se permet ce que la télé n’oserait pas, les fractures ouvertes étant légion.
Venons-en maintenant à ce qui fâche, car tout n’est pas parfait. D’abord le costume de Daredevil. Il est tout simplement immonde et ridicule (le bas de laine sur la tête fait tout de suite mauvaise impression), d’abord parce qu’il révèle aux adversaires le point faible, la cécité, en plus de totalement absorber la lumière, ce qui stratégiquement est intelligent face aux ennemis, hélas le spectateur a quant à lui tendance à lutter pour comprendre ce qu’il se passe à l’écran. Heureusement ce point est sauvé, puisqu’au final on a enfin droit au rouge emblématique, plus proche de ce que l’on a vu précédemment, et dont le la surface laisse beaucoup plus réfléchir la lumière (le rendant davantage visible, pour notre plus grand plaisir, comme pour celui de ceux qu’il tente de prendre par surprise).
L’autre truc qui coince, c’est la bande-originale, elle est juste dégueulasse. Rarement on aura vu aussi générique et absent. Dommage, car s’il y a bien quelque chose qui aurait pu mettre tout le monde d’accord, cela aurait été des notes dans l’esprit du Man without Fear que Drowning Pool avait composé pour le long-métrage.

Pour finir, cette méthode de distribution « tous les épisodes d’un coup » pose problème, on est tenté de tout regarder d’un coup, ce qui annihile toute possibilité de tissage de liens avec les personnages. Ce qui fait de Rick de The Walking Dead un membre de la famille c’est cette habitude de le retrouver toutes les semaines pendant un peu moins d’une heure, comme un pote, et ce durant pendant plusieurs mois pour une seule et même saison. Il serait donc plus judicieux que Netflix continue pour Daredevil comme pour Better Call Saul. Dans un monde parfait ils devraient même profiter de la possibilité d’afficher des tripes pour joindre Thomas Jane et son Punisher afin de donner suite au court-métrage Dirty Laundry, et idéalement faire se rencontrer les deux héros, ceux-ci s’étant déjà rencontrés de nombreuses fois sur le papier.
Cette première saison de Daredevil fait honneur aux Marvel Knights, le comic ayant droit à un long développement plein de saveurs, de nuances et de textures, aussi bien dans sa narration que dans sa réalisation. Les affrontements n’ont pas à rougir face au cinéma, un plan séquence clin d’oeil à Old Boy étant là pour le prouver, et le vice est poussé jusqu’à « la balade du coursier », étonnant passage lyrique où la caméra tourne à 360° sur elle-même tandis qu’un coursier asiatique fredonne un air en mandarin, avec le justicier faisant son travail en fond.

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A propos de l'auteur

Fan d’Uwe Boll et Paul W.S. Anderson. Aime à l’occasion oublier les nanars pour regarder du vrai cinéma comme celui de Robert Parrish, Franklin J. Schaffner ou Rudolph Maté, de la bonne sci-fi tu vois, pas du singe teubé.



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